Vous avez enfin l'occasion de lire la deuxième partie de l'interview d'Alain Boson, le directeur du département de l'arbitrage au sein de la FSIH. Après avoir parlé des arbitres en générales la semaine dernière (à relire en cliquant ici), celui-ci s'attaque aux arbitres de LN ainsi qu'aux affaires courantes. Il nous parle par exemple des tests physiques, des indemnités de déplacement ou encore de la procédure à l'encontre de Dimitri Bregnard. Bonne lecture à tous. 

Nous remercions Alain pour ses réponses détaillées. Si, toutefois, vous avez des questions à poser à Alain, vous avez la possibilité de passer via notre site Internet. Il s'est montré très ouvert à d'autres questions ou une nouvelle interview sur un sujet plus précis. Pour rappel, lors de la prochaine Assemblée Générale, la formation des arbitres sera un des thèmes abordées. 

 

Thème N°2 : La formation des arbitres

Nous avons des dizaines voire centaines d’heures de vidéos de notre sport stockés au fond d’une armoire. Afin d’améliorer l’arbitrage, ne serait-il pas opportun de profiter de ces vidéos ?

Oui bien évidemment et nous avons déjà sollicité votre prédécesseur pour un cours voici deux ou trois ans déjà avec succès. Il serait très intéressant de valoriser les ressources afin de les mutualiser pour la formation des arbitres mais aussi des coachs et des joueurs. Cette base de données-là est importante. Au hockey sur glace, plusieurs personnes ne font que d’analyser des vidéos. Je suis preneur, les clubs sont preneurs. Mais c’est un travail juste énorme.  

Certains arbitres se déplacent tout un week-end au Tessin pour faire deux matchs. Ils touchent donc de grosses indemnités. La FSIH ne devrait-elle pas communiquer les indemnités par arbitres et par saison pour plus de transparence ?

Au Tessin, nous avons un manque d’arbitres disponibles. Là-bas, ils donnent la priorité au jeu. Ce n’est pas toujours facile de trouver des arbitres qui veulent quitter leur famille pour aller arbitrer au Tessin. Au niveau des indemnités par match, elles sont transparentes vu qu’elles sont communiquées dans les différents règlements. Pour le déplacement, seul le tarif CFF de 2ème classe est pris en considération pour le remboursement des frais.

Je donnerai deux exemples. Le premier, Porrentruy-Lugano, est long de 600 km en voiture (AR). Avec le tarif CFF, il y a un remboursement de 210 CHF. Si on calcule le tarif voiture à 40 centimes (qui est beaucoup plus bas que le tarif fiscalement prévu car normalement il est calculé à 0,70ct donc 441.-) au kilomètre, cela revient à 240 CHF donc plus que le tarif CFF. Maintenant, intéressons-nous à Lausanne-Lugano, long de 760km. Remboursement CFF de 218 CHF et tarif voiture à 40 centimes (qui est beaucoup plus petit que le tarif fiscalement prévu car normalement il est calculé à 0,70ct donc 532.-) le kilomètre de 304 CHF. De plus, les arbitres doivent se loger sur place, se nourrir. Les charges sont très importantes. Avec ce que l’arbitre touche comme indemnités de match et de déplacement, cela ne couvre pas du tout les frais engendrés pour un week-end au Tessin. C’est vraiment la motivation qui va faire qu’un arbitre descende au Tessin. Actuellement, les arbitres descendent souvent plus qu’un jour.

Nous comprenons ton point de vue. Mais imaginons le cas où deux Jurassiens vont arbitrer ensemble deux matchs de LN au Tessin le même week-end. Chaque arbitre touche deux fois 350 CHF (210 pour le déplacement et 140 pour le match), c’est-à-dire 700 CHF. A 40 centimes le kilomètre, chaque arbitre paiera la moitié de 240 CHF, donc 120 CHF. Il lui reste donc 580 CHF pour se loger, faire quelques kilomètres sur place et se nourrir. On peut imaginer qu’il lui reste au moins 300 CHF à la fin du week-end. Cela fait beaucoup non ?

Notre convocateur ne met pas deux arbitres de la même région.

 

Certains arbitres ne sont pas promus en Ligue Nationale A et B et finissent par rejoindre le hockey sur glace et deviennent d’excellents arbitres. N’y a-t-il pas de regrets de devoir laisser partir des bons éléments et de ne pas les avoir promus ?

Bien entendu. Le jour où notre collègue (Di Pietro) est parti entre autre suite à des difficultés relationnelle en lien avec certains clubs, j’étais le premier à être attristé par cette situation. Si un arbitre n’est pas promu en LN, c’est qu’il y a des critères bien définis qui ne sont pas respectés. Je ne connais pas d’arbitres qui ont l’ensemble des critères requis et qui ne font pas partie du cadre de la LN. Par contre, j’en connais qui ont tous les critères et qui ne veulent pas intégrer le cadre de la LN. Par exemple, je connais un arbitre qui était intégré mais qui ne voulait pas rester car il aimait arbitrer proche de chez lui (au Jura), ses temps de déplacement étaient courts.

De plus, on n’a pas la possibilité de lutter financièrement avec nos collègues de la glace. Les indemnités de matchs sont bien plus élevées au hockey. Lorsqu’un arbitre quitte notre sport pour le hockey, j’ai un regret. Par contre, j’ai aussi le retour de certains arbitres de glace qui nous ont quitté et qui vantent la formation que nous faisons au sein de la fédération en comparant avec ce qui se fait sur la glace.Cela me soulage aussi.

Est-ce que nos vidéos ou celles d’autres médias sont utilisées pour sanctionner ou non un carton rouge par exemple ?

Non, c’est absolument impossible. L’apport de la vidéo n’est pas possible par les règlements de la FSIH pour prendre une décision disciplinaire.

 

 

Thème N°3 : La formation des arbitres de Ligue Nationale

Afin d’arbitrer en Ligue Nationale A ou B, j’imagine qu’il faut se former plus spécifiquement. Explique-nous la différence entre la formation d’un arbitre « simple » et celle d’un arbitre de Ligue Nationale ?

Déjà, l’arbitre de LN a dû passer obligatoirement par la formation de base. Les compétences requises pour être un bon arbitre reste les mêmes dans n’importe quelle catégorie de jeu. La grande différence est le niveau des détails et de ses applications. Les niveaux de performances sont développés de manière différente. Les aspects psychologiques et les incidences de ceux-ci dans la fonction d’arbitre sont traités de manière beaucoup plus poussée. Le travail de cohésion et de communication est plus affiné.Lors de la formation des arbitres de LN, on invite fréquemment des coachs pour parler des soucis dans les deux sens. Cette rencontre est très importante.

Depuis de nombreuses années, nous retrouvons les mêmes arbitres sans voir de nouvelles têtes en LN. Pourtant, certains arbitrent donnent satisfaction à l'échelon inférieur. Comment expliques-tu que le renouvellement des arbitres de LN est très faible ? Doit-on s’attendre à de gros changements ?

La constatation que tu fais est subjective. Actuellement, nous avons 17 arbitres qui sont confirmés en LN. De plus, nous avons 9 arbitres « Jumper » qui sont utilisables en LN et dans les ligues inférieures. Chaque année, nous insérons dans le cours de la formation des arbitres de LN une dizaine de candidats potentiels.

Mon plus grand souhait est d’avoir des représentantes féminines dans le corps arbitral beaucoup plus nombreuses, surtout en LN. Il y a 5-6 nouvelles têtes chaque année. Peut-être que dans certaines régions, nous ne brassons pas assez au niveau de la convocation, c’est-à-dire qu’il faudrait peut-être faire plus « tourner les arbitres ». En brassant plus dans la convocation des arbitres, on augmente aussi les frais de déplacement. Et c’est problématique. Il faut trouver un doux équilibre entre ces différents paramètres.

Certains d’entre eux sont directement passés en LN. On imagine qu’il y a un véritable manque d’expérience dans l’arbitrage dans notre sport. Quels sont les critères pour qu’une personne puisse arbitrer en LN ?

Oui, à l’époque, les arbitres de glace étaient directement intégrés au cadre supérieur (LN). Maintenant, il n’y a plus aucun arbitre qui passe directement en LN. Plus aucun. Ils font automatiquement la formation de base et des matchs de ligues inférieures.

Pour les critères de LN, il faut passer les différents tests, avoir une connaissance poussée du règlement, pouvoir gérer la pression, d’avoir une expérience de deux ans au niveau de notre formation, être disponible (particulièrement le samedi à 17h). Après, il faut aussi avoir la volonté de se perfectionner de manière individuelle, d’avoir la capacité de se remettre en question, d’accepter la critique et d’avoir la capacité de travailler en équipes. Pour finir, il faut être disponible en période de hockey sur glace et être exemplaire sur et en dehors du terrain. Pour cela, j’ai une tolérance zéro.

Quand le spectateur voit certains arbitres de LN, il peut de temps en temps douter sur la véritable valeur des tests physiques. Ceux-ci sont-ils véritablement éliminatoires ?

Oui, ils sont véritablement éliminatoires. Par contre, il est vrai que certains arbitres de LN ont besoin de travailler leur forme physique. Pour le test physique, deux personnes contrôlent le temps. Il y a une véritable transparence. Tout le monde passe par ces tests. Est-ce que les lignes d’exigences requises sont trop hautes ou trop basses ? Je ne sais pas. En tout cas, tous les tests sont réussis par les arbitres de LN. Chaque club peut aller voir les tests de ses propres arbitres. Même les personnes qui font parties du comité central passent les tests. Moi le premier.

C’est avec plaisir que je t’inviterai à un prochain cours et de faire valoir ça. Après t’inviter pour confirmer que l’arbitre X a bien fait le temps Y requis, je ne vois pas la plus-value. Si je pars là-dedans, c’est que je ne donne pas confiance à ce qu’on fait.

Nous avons une preuve plutôt certaine d’un trucage lors d’anciens tests physiques. Un arbitre aurait bénéficié de résultats erronés lors de ces tests physiques. As-tu déjà eu vent de pareilles nouvelles ? Serais-tu étonné de telles tricheries ?

Cette question a éveillé beaucoup de curiosité chez moi. Je n’ai jamais eu vent qu’une personne aurait bénéficié de résultats truqués. Tous les arbitres passent par ce test et tout le monde est vérifié. J’en ai parlé à mon responsable de la formation et à celui de la convocation. S’il y a eu une fois une tricherie, pour ma part, c’est tolérance zéro. Personne n’est au courant autour de moi qu’il y aurait eu une telle tricherie.

Notre sport est toujours plus rapide, cela est donc toujours plus compliqué pour les arbitres qui doivent réfléchir et prendre des décisions très rapidement. Ne devrait-on pas éclaircir les règles et réduire la prise de position de l’arbitre ?

Oui les arbitres doivent prendre des décisions en peu de temps. C’est pour cela qu’il est primordial que l’arbitre sache ses règlements et qu’il soit capable de les appliquer dans toutes circonstances, qu’il soit prêt physiquement, qu’il sache gérer ses émotions et celles des autres, qu’il sache se protéger des agressions verbales dont il subit etc…

Si nous réduisons la prise de position des arbitres dans notre jeu, c’est le risque d’ouverture à la tolérance de la violence. L’arbitre doit appliquer des règles afin que les joueurs puissent se sentir en sécurité et protéger. L’évolution du hockey sur glace a fait qu’il y a maintenant 4 directeurs de jeu et que la vidéo est de plus en plus utilisée durant les rencontres. Pour moi, l’objectif est de rendre les décisions de jeu le plus simple possible et que les parties subjectives soient réduites au maximum. Plus on sera clair dans les règlements, plus l’application sera aisée. Plus on diminue l’interprétation de l’arbitre, mieux c’est pour tout le monde.

L’exemple du changement volant ne demande pas d’interprétation. Il faut juste regarder que le joueur rentrant ne joue pas de manière active et que le joueur sortant est à l’extérieur de la piste. Si tout le monde a une bonne connaissance du règlement, il n’y a moins de subjectivité.

Il est évident que l’arbitrage est de temps en temps au centre des discussions du comité central. Gilles Sansonnens, Gabriel Willemin et toi êtes des arbitres de Ligue National.Certaines fois, vous enrôlez donc une double casquette puisque vous devez prendre des décisions qui vous concernent totalement. De plus, lorsque vous arbitrez, vous êtes indisponibles pour toute question. Cela ne pose-t-il pas problème ?

Je ne comprends pas bien le sens de cette question. En quoi une fonction au sein du comité central devrait ne pas être compatible objectivement avec la fonction d’arbitre ?

Bien évidemment qu’aucun conflit d’intérêt doit être présent et pour cela l’objectivité du comité central est impératif. En ce qui concerne la disponibilité, je peux répondre que pour moi, je crois savoir que je suis extrêmement disponible par mail et par téléphone, d’ailleurs je suis très sollicité par les clubs et je réponds avec plaisir si c’est dans mon dicastère.

 

Thème N°4 : Affaires courantes

L’arbitre jurassien Dimitri Bregnard a été suspendu après certains commentaires sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’avez-vous suspendu ? Sur quel-s réglement-s vous basez-vous pour justifier ce choix ? Était-ce la décision du département arbitrale, du département communication ou du comité central ?

Je suis déjà très étonné que vous soyez au courant de cette affaire. Toute situation traitée dans le département arbitral se fait le plus discrètement possible. Soit il y a un problème de confiance dans le département arbitral ou le comité central, soit c’est l’arbitre en question qui en a parlé. Alors oui, cet arbitre a été provisoirement suspendu de sa fonction car une procédure a été ouverte à son encontre comme nous en ouvrons une dizaine par année. Vu que l’affaire est en cours, je ne peux te donner des informations. Par contre, c’est clairement une décision du département arbitral qui est basée sur la charte des arbitres (2.6). Lorsque nous décidons d’ouvrir une procédure contre un arbitre, nous informons toujours le comité central et notre responsable du département disciplinaire. Dimitri a accepté de manière constructive (échange de mail) la raison pour laquelle nous avons pris cette décision.

Pourtant, nous entendons de temps en temps des personnes ayant certaines fonctions dans l’arbitrage qui dénigrent leurs collègues autour des terrains. Retenez-vous seulement l’écrit ?

Je ne suis pas informé que certaines personnes dans le cadre du département arbitral auraient dénigré des collègues autour des terrains. Il est par contre évident que si je devais le constater, l’entendre, une procédure serait ouverte à l’encontre de cette personne et que la sanction serait exemplaire !

Quels sont les limites à ne pas dépasser dans les propos d’une personne à fonctions (arbitres par exemple), d’un licencié et d’un spectateur ?

Pour un arbitre, il doit se baser sur la charte des arbitres mais aussi sur le principe de proportionnalité. L’effet de la proportionnalité est vraiment important dans ce genre de situation. Je rappelle que nous avons une dizaine de procédures qui sont ouvertes chaque année. Je prends la décision d’ouvrir une procédure en accord avec les autres départements.

Pour le spectateur, il faut s’avoir s’il a une licence active au sein de la Fédération. Si oui, on a un règlement. Sinon, c’est la justice civile ou pénale qui peut entrer en matière. Dans tous les cas, si la personne est licenciée, c’est le département disciplinaire qui prendra des décisions en lien avec les différents règlements de la FSIH.

L’arbitrage international a aussi été très, très discutée lors de cette saison 2017. Même la FSIH a communiqué sur ce sujet. Que penses-tu de l’arbitrage à l’international ? Pourquoi sommes-nous sous-représentés lors des différents événements européens ?

Nous n’avons pas de sous-représentation à l’international, nous avons toujours 4 ou 5 arbitres « internationaux ». Il y a des difficultés dans cet arbitrage mais la FSIH n’a pas beaucoup d’influence. Par contre, le fait d’avoir ouvert un dialogue avec l’international est important. Il doit y avoir une unification des compétences entre les différents pays qui gèrent la formation des arbitres internationaux. Le niveau des arbitres est malheureusement très disparate entre les pays.  

On sait que vous devez faire face à de nombreuses critiques, d’une part pour une méconnaissance du règlement et d’autre part car il y a des changements chaque année. Ne faudrait-il pas plus de communication sur votre site ou dans les médias pour mettre tout le monde au courant ?

Comme je t’ai déjà dit auparavant, nous devons faire un effort énorme au niveau de la communication. Le département arbitral va faire de nouvelles propositions pour la communication avec les clubs. Nous souhaitons ouvrir une plateforme de dialogues avec les clubs pour échanger.  Malheureusement, ce sont souvent les mêmes clubs, les mêmes entraîneurs qui souhaitent dialoguer avec notre département. Nous allons faire des changements profonds au niveau du dialogue avec les clubs.

 

Photo : Alain Boson

 

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