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L'équipe féminine du SHC La Baroche vit un début de saison bien au-dessus de leurs attentes. Mais comme le souligne leur coach Lionel Poupon : "La saison est loin d'être terminée".
Nous avons demandé d'avantages d'explications à celui qui dirige l'équipe et celui-ci se montre très fier de ce qui est accompli sans pour autant fanfaronner. Il explique sans détour le bonheur qu'il a à avoir un groupe aussi soudée.

Lionel joue également en 2ème ligue avec le SHC Fontenais. Nous en avons profité pour poser quelques questions sur ce club.

Bonne lecture.

 

TOPSNIPER.CH : Salut Lionel, après 12 matchs de championnat, vous occupez la tête du championnat avec le SHC Courroux. A la lecture de votre saison 2016, est-ce une grosse surprise pour toi ?

Lionel Poupon : C’est vrai qu’être en haut du classement à la pause, c’est une très bonne surprise surtout que personne ne nous attendait à cette place cette année car, à la même période la saison passée, l’équipe était dernière du classement…. Mais les filles ont travaillé très dur pour arriver à ces résultats.
Cela dit, être 1er à la pause ne signifie au final pas grand-chose et ne change en rien l’objectif que l’on s’est fixé en début de saison, à savoir les play-offs. De plus, on sait très bien que la deuxième partie de championnat sera plus difficile.
Ce qui compte, c’est être parmi les quatre premiers en octobre car avec les séries, on laisse le classement régulier derrière et c’est un tout autre championnat qui commencera.

 

Comment expliques-tu qu’en 2015 vous faites la finale du championnat 2015, puis une saison catastrophique avant de bien revenir dans le haut du classement cette saison ?
Concernant 2016, Je suis assez mal placé pour expliquer cela, je n’étais plus coach l’année dernière. Je suis revenu en fin de saison. Mais de mon avis de supporter, car j’allais évidemment voir leurs matchs, je pense que l’implication et la motivation des joueuses n’était pas suffisant. Ajoutes à cela un manque de chance sur certains matchs, quelques courtes défaites et tu tombes vite dans une spirale négative. Tous les joueurs ont connus ça, je pense…
Concernant la saison actuelle, elle a, pour ma part, commencé quand j’ai repris l’équipe fin 2016 car je me suis servi des matchs qui restaient en fin de saison pour essayer de faire retrouver aux filles la motivation et un bon esprit d’équipe. On a ensuite débuté l’entrainement physique dès le mois de novembre pour celles qui ne faisaient pas de hockey et repris sur piste en février déjà avec des séances plus physique qu’auparavant.
Je maintiens ce que je disais plus haut ; elles ont vraiment toutes travaillé très dur pour être dans les meilleures dispositions cette saison. Je n’aurais personnellement pas souhaité une pré-saison pareille en tant que joueur (rires) !

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Cette année est encore meilleure sur le plan comptable durant le championnat régulier. Qu’est-ce qui a changé dans ton effectif ?
J’ai déjà la chance que le club m’ait laissé faire les choses comme je le souhaitais. Que cela soit au niveau des transferts, de la préparation, etc. j’étais totalement libre mais donc aussi responsable si cela ne devait pas fonctionner.
Ainsi, cinq nouvelles joueuses, incluant une débutante et une gardienne, sont venues rejoindre le contingent cette saison. En plus de leur très important apport sportif, ce sont également des personnes très sympas avec une excellente attitude et qui se sont vite intégrées au groupe existant.
Concernant le côté plus technique, nous sommes trois officiels cette année avec Christian Fady (entraîneur) et Jean-Jacques Louis (entraîneur des gardiennes).
Nous avons également mis en place une commission technique spécialement pour l’équipe afin de traiter les éventuels petits soucis que l’on pourrait avoir en cours de saison.

 

Peut-on être aussi dur verbalement avec des femmes qu’avec des hommes quand on donne des consignes sur le banc ?
A mon avis, clairement non. Je t’avouerais que coacher des filles est bien plus difficile que coacher des hommes.
Ce n’est pas vraiment ce que tu dois dire qui sera différent mais surtout la façon de le dire ! Et même si je sais que j’ai encore des efforts à faire de ce côté-là, je pense qu’il y une approche psychologique bien plus importante dans une équipe féminine que masculine. Mais bon, je dois aussi avouer que je ne peux pas vraiment me plaindre avec mon groupe actuel.

 

Tes filles sont soudées sur la piste et en dehors du terrain car il n’est pas rare de les voir ensemble suivre d’autres rencontres. C’est un élément important pour la cohésion de groupe ?
Oui, c’est important et le grand avantage est que cela se fait naturellement. On voit que c’est une équipe de copines qui jouent ensemble. Le fait qu’elles s’entendent bien en dehors du cadre sportif est évidemment un plus indéniable et cela ne fait que renforcer un bon état d’esprit. C’est aussi pour cela que j’apprécie autant toutes les joueuses de cette équipe.

 

Il paraît qu’elles sont fortes au 4ème tiers ?
Si tu les as vues à ce tiers, c’est que tu ne devais pas être loin de la buvette non plus (rires) !
C’est vrai qu’à ce tiers-là, il faut bien reconnaitre qu’elles vendent du rêve !

 

Avec le retrait de Novaggio (championne suisse en titre), on retrouve maintenant 3 équipes jurassiennes en tête du championnat. On imagine que tu regrettes la disparition du club tessinois, mais d’un autre côté tu te réjouis de voir de nouvelles équipes comme La Roche et Bassecourt ?
Le retrait de Novaggio est une très mauvaise chose pour le championnat car d’une part, tu l’as dit, c’est les championnes en titre et en plus, c’était la seule équipe tessinoise. Cela dit, j’ai entendu dire qu’une équipe tessinoise devrait être inscrite la saison prochaine. On verra bien.
Concernant les nouvelles équipes, c’est toujours une excellente chose lorsqu’un championnat s’agrandit et cela, même si La Roche connaissent quelques difficultés pour leur première saison, je suis sûr qu’elles garderont leur motivation pour les saisons suivantes.
Comme je viens de Bassecourt, je suis vraiment content que le club compte enfin une équipe féminine et j’espère vraiment que cette équipe s’installe durablement dans le championnat.  

 

A 6 matchs de la fin du championnat régulier, pourrais-tu nous pronostiquer les 4 équipes féminines qui feront les play-offs ?
Je n’aime pas trop le jeu des pronostics, je te dirais que la seule chose qui m’importe vraiment est que nous soyons dans les quatre premiers à la fin du championnat.
Si je devais choisir, j’aimerais beaucoup que les quatre équipes jurassiennes se retrouvent en play-offs.

 

As-tu toujours autant de plaisir à coacher après toutes ces années ?
Cela ne fait déjà pas autant d’années que ça que je coache, je n’ai que 31 ans (rires) !
Disons que c’est comme pour tout, il y a toujours des hauts et des bas mais tu trouves dans chaque saison une motivation, un objectif qui t’apporte du plaisir.
Et puis, j’aime tellement ce sport que cela vient naturellement dès que la saison recommence !

 

Est-ce qu’une nouvelle saison ratée aurait été celle de trop ?
Il faut toujours voir si les joueurs ou le coach ont besoin de changement. Mais ce n’est pas parce qu’une saison n’a pas atteint les objectifs sportifs fixés qu’il faut forcément parler de saison ratée.
Même dans le négatif, il faut savoir tirer du positif…

 

Tu as ton amie (ndlr: Sarah Mattioni) dans ton effectif. Est-ce que vous arrivez facilement mettre de côté la relation coach-joueuse une fois arrivé à la maison car vous êtes deux passionnés de ce sport ?
Je pourrais te sortir la théorie souvent entendu autour des pistes, « on ne parle jamais d’inline à la maison » mais je te mentirais! On en parle souvent, de l’équipe aussi, évidemment. Je l’écoute comme j’écouterais n’importe quelle joueuse. L’avantage d’être coach est que c’est moi qui décide au final (rires) !
Mais que ce soit elle ou une autre joueuse, je tiens vraiment à faire la part des choses entre le domaine privé et sportif. Je connaissais mes joueuses avant de venir les coacher et je les considère toutes comme des amies mais je leur ai toujours dis que, une fois qu’elles avaient leur maillot sur le dos, ce n’était plus que des joueuses et ça, jusqu’à la fin du match. Cela peut paraitre un peu brusque mais je pense que c’est essentiel.

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Le repas n’est jamais trop salé si tu la mets un moment sur le banc ?
Non, en plus elle est très bonne cuisinière ! Et pour être honnête, cela ne pourrait pas être pire que si je me mettais moi-même aux fourneaux (rires) !

 

Est-ce que tu te verrais plus tard coacher une équipe masculine ?
Je l’ai déjà fais auparavant. En 2ème ligue et de temps en temps pour dépanner en 1ère ligue et toujours avec le SHC La Baroche.
J’en garde des bons et des moins bons souvenirs (rires) !

 

Côté administratif, tu as rejoint le club du SHC Fontenais. Pour quelle raison et quelles tâches te sont données ?
J’ai toujours été supporter du SHC Fontenais et j’y connaissais pas mal de monde avant de signer. La seule chose qui me bloquait était le fait qu’il n’y avait pas de 2ème équipe.
J’aime dire que le SHC Fontenais n’est pas qu’un club mais une famille. Cela peut paraître un peu cliché et souvent entendu ailleurs mais il y a vraiment quelque chose en plus dans ce club.
Pour l’instant, mon rôle au comité est relativement limité, j’essaie d’aider le plus possible mais mon temps est essentiellement concentré sur l’équipe des filles de Baroche. Le comité, ainsi que les membres de la 2ème équipe ont été très compréhensif à ce sujet et je ne peux que les en remercier.

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Es-tu surpris par le bon début de saison du SHC Fontenais en 1ère ligue ?

Surpris, non pas spécialement. Même si je ne m’attendais pas à les voir forcément tout en haut du classement, je savais que la place de cette équipe était en 1L. Le groupe existant était déjà très bon et les renforts apportés ont permis d’être confiant pour la suite. La mayonnaise a bien pris entre le nouveau coach, les transferts et le noyau de base de l’équipe donc on ne peut être que satisfait, surtout que l’objectif de base de la saison était le maintien.

 

Que penses-tu globalement du niveau du championnat féminin ?
Je pense qu’après avoir stagné pendant quelques années, il a bien évolué ces dernières saisons. Le jeu est devenu plus rapide et physique que par le passée.
Je trouve d’ailleurs dommage que le public ne s’attarde pas d’avantage sur ce championnat, même si dans notre région, nous ne sommes pas à plaindre de côté là. Si tu prends l’exemple de cette saison, elle est bien plus indécise qu’auparavant et les joueuses de tous les clubs mériteraient que l’on s’y intéresse un peu plus.

 

Vous ne disputerez malheureusement pas la future coupe d’Europe des Dames à Rossemaison. Te connaissant, on imagine que tu y feras un saut. Est-ce que les équipes suisses sont assez armées pour décrocher le graal à ton avis ?
Tu me connais bien mais malheureusement, je serai en vacances ce week-end là !
J’étais au Danemark l’année dernière pour voir la coupe d’Europe et il faut bien reconnaître qu’il y avait une bonne différence de niveau, autant physique que technique. Cela dit, je pense et surtout j’espère que les équipes suisses sauront tirer leur épingle du jeu cette année. Je pense notamment à l’expérience de Courroux ou à Rossemaison qui jouera à domicile. Mais on sait combien c’est difficile et, sans vouloir rajouter de l’huile sur le feu des derniers événements, les femmes ne sont pas mieux loties que les hommes au niveau de l’arbitrage. J’ai encore le souvenir, toujours l’année dernière au Danemark, de voir la joueuse de Courroux, Emma Christe, recevoir un coup de patin volontaire dans le casque alors qu’elle était à terre. Et cela, sous les yeux de l’arbitre qui est resté impassible…

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As-tu autant de plaisir à coacher qu’à jouer ?
Les plaisirs sont différents. J’aime le jeu parce que ça me permets de ne penser à rien d’autre mais je dois dire que, ces dernières années, les problèmes de santé s’accumulent et cela devient de plus en plus difficile. Je pense qu’il n’y a rien de pire que de vouloir faire quelque chose mais de ne plus en être capable. Mais tant que je pourrai patiner, je n’arrêterai pas.
Pour ce qui est de coacher, même si on m’a déjà dit que je n’avais pas le niveau, je m’investis toujours à 100% mais j’en attends pareil des autres. J’essaie vraiment de pousser les joueuses à donner le meilleur et cela, tout le long du match. Les voir se surpasser et réaliser leurs objectifs, c’est vraiment quelque chose de particulier.

 

Tu suis un très grand nombre de matchs durant la saison, que ce soit chez les femmes, en 2ème ligue jusqu’à la LNA. Que penses-tu de l’évolution du sport en général ?
Notre sport n’a cessé d’évoluer tout au long des saisons et à tout les niveaux. D’ailleurs, difficile de trouver un sport qui a plus évoluer que l’inline ces dernières années. Le jeu est devenu beaucoup plus rapide, physique, technique et le niveau de jeu en général a beaucoup augmenté, que ce soit chez les femmes, en LN ou en ligues inférieures. Les rêglements ont changé aussi, de manière assez surprenantes parfois d’ailleurs… Les infrastructures ensuite, avec les salles et les différents revêtements. Cela fait d’ailleurs bizarre de se dire que, avec les projets de la ville de Bienne, le championnat de LNA pourrait bientôt se jouer à 50% en indoor. J’entends d’ailleurs de plus en plus de personnes qui pense qu’il faudra scinder en deux le championnat de LNA avec une version outdoor et une version indoor. Pourtant, quand je vois le niveau de Bienne Seelanders en salle alors qu’ils s’entraînent essentiellement dehors, je me dis que s’adapter et être performant sur toutes les surfaces n’est pas impossible. Personnellement, je préfère être dehors mais il est vrai que les surfaces lisses en indoor sont un vrai plaisir pour le jeu.

 

Evidemment avec tous ses matchs, tu as multiplié les amitiés et les réseaux sociaux permettent de maintenir cette entente. Quelle rencontre t’a le plus marqué durant toutes années ?
Il y en a tellement… Je vais en citer une que nous avons en commun, à savoir Laurent Rigolet. J’ai toujours trouvé que c’était un excellent joueur et aujourd’hui, un coach qui l’est tout autant.  

 

 

Une vie sans inline skater hockey est impossible pour toi?

C’est peut-être un peu extrême (rires) !

C’est vrai que l’inline a une place très importante pour moi dans ma vie et je ne parle pas forcément en tant que joueur ou coach. J’ai énormément de plaisir à aller simplement voir des matchs, discuter avec les gens de notre sport. J’ai aussi la chance de connaître pas mal de monde autour des pistes donc c’est toujours un grand plaisir pour moi d’être sur ou au bord des terrains. Le hockey est un petit monde, mais le inline est une grande famille.

 

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LES QUESTIONS QUI FÂCHENT :

Es-tu un mauvais perdant ? Pas vraiment, non. Cela dit, jouer, c’est bien mais gagner, c’est mieux ;-)
Quel est ton pire défaut sur le banc avec tes joueurs ? Je crie parfois un peu trop. Mais je reste avant tout un passionné alors parfois, je m’emporte.
As-tu déjà donné des consignes d'énerver un joueur adverse ? Oui, bien sûr.
Surveilles-tu tes joueurs à la veille de match ? Ce serait impossible, mais elles savent se tenir quand il le faut.
Ose-t-on contredire les consignes du coach ? On ose penser ce que l’on veut sur le moment, mais on le dit après le match entre quatre yeux.

 

SI TU DEVAIS RETENIR :
Un coach : Laurent Rigolet 
Une gardienne : Audrey Stadelmann, version 2017 (elle comprendra). photo ci-dessus
Une de tes joueuses : Sans hésiter, Carole Pape. Elle le prendra mal car elle est trop humble et discrète mais pas grave, je prends le risque. Elle a déjà tellement fait et continue encore d’en faire pour son club qu’elle m’impressionnera toujours. C’est un exemple pour tout le monde dans ce sport.
Une joueuse adverse : Simona Teggi
Un joueur : Il y en a quelques-un. Mais comme j’en croise trop souvent, je ne vais pas les citer au risque de devoir trop les entendre quand je les verrai ;-)
Une victoire : La finale pour la promotion en 1ère ligue avec Baroche II contre Bienne Skater 90.
Une défaite : La finale avec les filles de Baroche contre Novaggio en 2015.
Un but : Pas spécialement. Du moment que c’est au fond, c’est déjà pas mal !
Un souvenir : Un mauvais, la relégation de la LNA de Baroche, quand j’étais directeur technique.

 

Photos: Flashskater et Colin Girard